Guide d'autodéfense numérique

Première chose à savoir : de nombreuses imprimantes haut de gamme signent leur travail. Cette signature stéganographique1 repose sur de très légers détails d’impression, souvent invisibles à l’œil nu, et insérés dans chaque document. Ils permettent d’identifier de manière certaine la marque, le modèle et dans certains cas le numéro de série de la machine qui a servi à imprimer un document. On dit bien « de manière certaine », car c’est pour cela que ces détails sont là : afin de pouvoir retrouver la machine à partir de ses travaux. Toutes les imprimantes ne sont pas pourvues de ce système, baptisé watermarking, mais c’est le cas pour nombre de modèles courants2.

Par ailleurs, d’autres types de traces liées à l’usure de la machine sont aussi laissées sur les documents — et ce avec toutes les imprimantes. Car avec l’âge, les têtes d’impression se décalent, de légères erreurs apparaissent, les pièces s’usent, et tout cela constitue au fur et à mesure une signature propre à l’imprimante. Tout comme la balistique permet d’identifier une arme à feu à partir d’une balle, il est possible d’utiliser ces défauts pour identifier une imprimante à partir d’une page qui en est sortie.

Pour se protéger en partie de cela, il est intéressant de savoir que les détails d’impression ne résistent pas à la photocopie répétée : photocopier la page imprimée, puis photocopier la photocopie obtenue, suffit à faire disparaître de telles signatures. Par contre… on en laissera sûrement d’autres, les photocopieuses présentant des défauts, et parfois des signatures stéganographiques, similaires à ceux des imprimantes. Bref on tourne en rond, et le problème devient surtout de choisir quelles traces on veut laisser…


  1. Pour en savoir plus sur la stéganographie, nous conseillons la lecture de cet article Wikipédia, 2014, Stéganographie.

  2. L’Electronic Frontier Foundation tente de maintenir une liste des constructeurs et de ces modèles d’imprimantes indiscrets (en anglais).