Guide d'autodéfense numérique

En arrivant sur le marché web, ces entreprises durent revoir leur modèle économique. L'audience de l'Internet grandissant, il n'était pas possible de financer un site web sur la seule publicité, tout en payant une armée de rédacteurs pour fournir du contenu en quantité toujours plus importante.

Les fournisseurs de services utilisèrent une technique déjà présente sur le web depuis longtemps : miser sur la participation des internautes. Ce sont dorénavant ceux-ci qui se chargent de rédiger le contenu qui alimente les sites. Les fournisseurs de services se contentent d'héberger les données et de fournir l'interface permettant d'y accéder, mais aussi et surtout d'ajouter de la publicité autour… et d'encaisser la monnaie.

Ainsi, la plateforme de partage de vidéo YouTube a, pendant de nombreuses années, permis à ses internautes de mettre en ligne et de visionner gratuitement les vidéos de leur choix sans contrepartie visible. Aujourd'hui, suite au succès et fort de son monopole, la plupart des personnes voulant visionner et partager des vidéos sont dépendantes de cette plateforme, ce qui permet alors à YouTube d'imposer petit à petit de la publicité. Au début, elle se situait sur un bandeau à côté de l'image, puis sur un bandeau transparent sur l'image et maintenant c'est tout simplement une vidéo incrustée au début de celle que l'on souhaite visionner1.

Autre avantage de cette solution pour les fournisseurs de services, les internautes fournissent ainsi plus ou moins consciemment tout un ensemble de données2 qu'il est ensuite possible de monnayer, notamment en constituant des profils de consommateurs et en adaptant les publicités affichées au public.

Il est ainsi courant que les internautes n'utilisent plus Internet uniquement pour télécharger des films ou aller y lire leur périodique favori. De plus en plus, par exemple via le remplissage de leur page Facebook, les internautes produisent du contenu et l'offrent pour ainsi dire aux hébergeurs ou autres entreprises qui fournissent ces services. L'internaute va « de lui-même » mettre en ligne la liste de la musique qu'il écoute, les photos de ses vacances au Mexique, ou encore ses cours d'histoire contemporaine pour les partager avec ses camarades de classe.

Bien sûr, en fournissant du contenu, on fournit aussi des informations sur soi, informations que les regards indiscrets des publicitaires et autres adversaires ne manqueront pas d'utiliser.


  1. Jean-Baptiste Liouville, 2013, YouTube : Changement des règles, oui, mais pour quelles raisons ?.

  2. Fanny Georges, Antoine Seilles, Jean Sallantin, 2010, Des illusions de l’anonymat – Les stratégies de préservation des données personnelles à l’épreuve du Web 2.0, Terminal numéro 105, Technologies et usages de l’anonymat à l’heure d’Internet.